Vivre en van, le renouveau de la simplicité volontaire

José vit dans son van depuis 9 ans. Bien qu’il ait les cheveux longs et aime surfer, il n’a rien d’un hippie moderne : il a un emploi et la tête bien sur les épaules. Son regard sur le monde est à la fois terriblement lucide et plein de bienveillance. Ce choix d’habitat est venu naturellement. Au départ, c’était ponctuel, pour l’été. Puis il s’est installé à demeure. Comment se passe la vie dans 4m2 et quelle relation au monde et aux autres cela produit-il ?

Vue sur « sa plage » depuis le van de José

La plupart des vanlifers (ceux qui vivent en camion aménagé) sont de grands voyageurs, qui parcourent le monde. Souvent, ils profitent de ce mode de vie nomade pendant leur jeunesse, s’arrêtant pour travailler un peu ici ou là, puis repartent découvrir de nouveaux pays, de nouveaux spots, avant de se poser quand arrive la maturité et l’envie de fonder une famille. D’autres, sédentaires au départ, partent en famille pendant un an ou deux, et retournent à une vie plus standard après cette parenthèse nomade. Ce n’est pas le cas de José : « Ça a commencé il y a 11 ans, j’avais un premier van juste pour la plage et je louais mon appart en juillet août. On dormait dedans. C’était très sommaire. J’étais bien, c’était facile en été, chaud, longues journées, surf, amis, soirées etc… Cela faisait très longtemps que je regardais les « vanlifers », en vacances, de passage, et ça m’attirait beaucoup. Après deux étés comme cela, on a tenté l’aventure pour un an en pensant reprendre un appart ensuite. Mon fils avait 4 ans et demi. Nous n’avons jamais repris d’appart » raconte-t-il.

Une vie sociale dense malgré la vie en van

Taxi médical, José a élu une plage du pays basque pour s’y installer. La proximité des montages qu’il aime parcourir, et sa passion du surf, l’ont naturellement amené à choisir ce « petit coin de paradis ». Dans la petite ville à côté de laquelle il vit, il est désormais bien intégré. « Tout le village me connaît depuis très longtemps, je suis très respecté… D’autant que j’ai vu grandir les enfants d’ici, qu’ils me laissaient leur planches et combis au van entre midi et deux pour rentrer manger et les retrouvaient réparées par moi et mon fils l’après-midi. On s’échange des fringues, combis, services avec les gens du village, c’est sympa… » explique-t-il.

Le fils de José partage sa passion du surf

Vivre dans 4 m2 et se contenter du strict minimum en termes de confort, ça soulève forcément des interrogations. José raconte : « Pour les parents d’élèves, ils étaient méfiants au début. Cheveux longs moi et mon fils, dans un van, ils ne savaient pas si c’était du lard ou du cochon…
Puis on a fait des anniversaires sur ma plage. Petit à petit, les enfants ont adoré, en ont redemandé à leurs parents qui ont commencé à me les confier parfois pour une ou deux journées, les week-ends, en les faisant dormir dans le van, à la plage ou à la montagne…
Au début, les enfants faisaient n’importe quoi, jetaient leurs chaussures n’importe où, attendaient qu’on leur fasse tout, et j’ai été ferme avec eux : petit espace, on range ses chaussures, ses affaires. A midi, tout le monde participe à la préparation du repas. Chacun à une tâche. Ils sont étonnés et réticents la première fois, ensuite ils le font spontanément et aiment ça, d’autant que mon fils, habitué, montre l’exemple…
Quand ils sont avec moi, je leur parle en les considérant, je leur confie des tâches et des responsabilités. En montagne, ils font le camp, montent la tente, cherchent le bois, allument le feu, se préparent leur plat eux-mêmes. Je leur apprends les plantes et animaux que je connais. Ils apprennent à se taire, à écouter, à observer… Ils jouent toute la journée comme des fous, sans tablette ni téléphone et s’éclatent. Je leur apprends à créer des choses avec le bois, de la résine, à coudre, à bricoler le van, à tourner des situations, problèmes ou pannes en jeu, pour leur apprendre à réfléchir, « mathématiser », être logiques et méthodiques, ne pas s’affoler, prendre du recul…
Ils se lavent à la bassine, comme nous, vont chercher l’eau eux-mêmes, la font chauffer eux-mêmes.
Ils voient que tout n’est pas disponible comme ça, comme dans une maison… Quand ils rentrent chez eux, ils sont calmes et contents. Ils demandent à leurs parents quand ils pourront revenir. Donc ces derniers sont rassurés. Ça se passe vraiment bien
. » L’ouverture d’esprit des enfants, et ce contact renouvelé avec la nature, font tomber les réticences des plus sceptiques. Un mode de vie hors norme n’est pas forcément le signe d’une personnalité excentrique ! Avec les plus âgés, l’acceptation prend plus de temps. « Mes parents ont mis longtemps à dire aux amis et entourage comment je vivais mais mêmes mes petits neveux en parlent puisqu’ils adorent venir, donc ça s’est arrangé… Si tu es discret, silencieux, propre et calme, les gens sont rassurés… Pour ceux extérieurs, ils trouvent cela cool en général, en ne voyant que l’idée qu’ils s’en font, le côté exotique, juste les bons côtés ou alors en me disant, phrase classique, « mais vous n’avez pas trop froid l’hiver ? » ajoute José en souriant malicieusement. Il a un chauffage dans son camion aménagé !

Le confort minimaliste

 La vie en van, c’est aussi un apprentissage domestique. Le manque d’espace oblige à rester vigilant. En contrepartie, la corvée de ménage n’existe pas ! Pour se faire à manger, José n’a que deux casseroles. Pour se laver et faire la vaisselle, une bassine. Il va une fois par semaine dans une laverie pour son linge, et s’il veut prendre une douche, il peut aller à la salle de sport. Aux beaux jours, la rivière est sa salle-de-bains. Il se rase au savon de Marseille et en est très satisfait. Mais il a également un potager près de l’emplacement où il est installé la plupart du temps, et fait son pain de temps en temps, pour lier connaissance quand il part sur les routes, ou simplement pour les gens de passage sur « sa plage » : « Ça aide à faire connaissance, les gens aiment bien, même si c’est à l’étranger et que tu ne parles pas la langue : le pain avec un sourire c’est universel » explique José. Pas besoin de biscuits apéros et de cocktails compliqués.

Préparation de la pizza par le fils de José

 « Tout à une fonction, une place, une utilité et pas besoin d’avoir quatre bols si tu es trois… Ça vaut pour tout, fringues etc. Pour les vêtements, j’ai tout ce qu’il faut mais pas plus… » ajoute ce féru défenseur de l’environnement. Cette vie minimaliste a un avantage financier certain : pour son budget véhicule et logement, José ne dépense que 200 euros par mois. Le reste de ses revenus est donc largement suffisant pour assurer sa subsistance et ses loisirs.

Bien sûr, il y a quelques inconvénients. Trouver une place n’est pas toujours aisé, et ce d’autant moins que certains abusent. « Beaucoup de camping-car et possesseurs de vans aménagés abusent, se garent n’importe où n’importe comment, laissent des déchets, font du bruit et ne respectent rien… J’ai horreur de ça. Beaucoup trouvent un coin pour un week-end et l’exploitent à l’excès, ils s’en fichent, ensuite ils rentrent chez eux… Résultat, les municipalités mettent des interdictions, des barres de hauteurs et font la chasse aux nomades comme moi » déplore-t-il.

Vivre en van, c’est adopter une philosophie de vie

Tout le monde ne peut assurément pas vivre en camion aménagé. Mais ce que José en retire sur le plan personnel semble inestimable. « Quand tu partages une pizza devant un coucher de soleil avec des noirs, des blancs, des gros, des maigres, de juifs, des musulmans, des athées, des étrangers, des vieux, des jeunes, des gays, des lesbiennes, des gens qui fument de l’herbe ou des vegans, il n’y a aucun filtre, tabou, présupposé… Mon fils a grandi dans cet état d’esprit… Quand une famille marocaine t’offre en un soir ce qu’ils ont à manger pour une semaine juste parce que tu passes dans leur village, et que les enfants jouent tous ensemble et rient sans parler la même langue, c’est fort… J’ai toujours expliqué à mon fils (13 ans maintenant) qu’avoir des chaussures à ses pieds, de l’eau courante, de l’électricité, aller à l’école en voiture, regarder la télé, prendre l’avion pour voyager, avoir un téléphone et manger trois fois par jour n’est pas « normal »… C’est « normal » pour nous seulement, en Occident. Quand tu vas dans un pays pauvre et qu’il faut aller au puit le matin pour boire, se laver, cuisiner les légumes, que tu dois aller chercher les œufs au poulailler, marcher pour vivre, survivre, être relié à ton environnement direct en complet dénuement, tout prend un autre sens, une autre valeur, une autre dimension… C’est hyper enrichissant. » souffle-t-il, avant d’ajouter « Les personnes superficielles s’éloignent et les bons, les vrais restent… Le tri se fait naturellement…Parce qu’en van, t’es souvent à poil, en jogging, en maillot, mal coiffé, pas avec des fringues de marque, pas lavé d’un jour parfois, et tu t’en tapes, et tes amis aussi… ».

Décoration faite main

Ce style de vie dépouillé, qui va à l’essentiel, en contact quotidien avec la nature et soi-même, sans parasitage, permet de dépasser beaucoup de blocages. José en est convaincu : « Quand tu agis socialement pour les autres comme je le fais, tu fais ton trou, tes preuves. Tu es respecté, apprécié, considéré… Tu as ta place… J’apprends ça à mon fils. Ce qui passe par le sourire, l’aide, la polyvalence, la débrouillardise, la confiance en soi, l’expérimentation, l’acceptation de ses erreurs, de ne pas tout contrôler, de nos limites etc… Tout un programme… Toute une éducation… Cela apprend à ne pas dépendre du jugement et regard des autres basés sur les apparences… À faire ses propres choix donc sans avoir peur que ceux-ci tendent vers du moins, du basique, l’essentiel, exactement l’inverse d’une société de consommation et de ses affres… Ce faisant, ces choix t’épanouissent et en étant heureux tu rayonnes ; en rayonnant tu attires, tu montres l’exemple… Tu invalides le faux, ces schémas, ces conceptions, ces automatismes, je dirais presque…ces névroses, que tant de gens reproduisent bêtement pour leur malheur. »

Dans le couple aussi ce minimalisme change beaucoup de choses. « En appart, tu as toujours quelque chose à faire alors que ça t’ennuie… La télé est allumée, on n’est pas « ensemble »… En van, tu as beaucoup de temps vide puisque les corvées sont moindres, mais tu ne t’ennuies pas. Tu parles avec ton conjoint, allongé sur le lit devant un coucher de soleil ; tu montres de la tendresse, tu es vraiment avec l’autre… ». Cette peur du vide qui nous enferme souvent dans l’accumulation d’objets, José la voit comme une chance : « il y a cette vacuité qui, je trouve, nous fait cruellement défaut. Beaucoup de gens ont peur du vide, de l’ennui, et le comblent par divers subterfuges, alors qu’il se passe quelque chose si on l’expérimente… Cela vaut pour la pensée, les pensées… Cela vaut pour son effet créateur, la vacuité créatrice comme l’appelle Krishnamurti. Un vide d’où l’esprit se ressource, se repose, d’où le désir, les désirs, renaissent. Le rapport au temps est différent en van… Plus de temps libre pour être avec mon fils… ».

José chez lui

Le fait est que, pour ce quadragénaire, vivre en van semble le rendre parfaitement heureux, alors même que beaucoup n’y verraient qu’un inconfort notoire et un manque de moyens (ce qui n’est pas le cas). En accord avec ses valeurs profondes, José nous montre que nous sommes parfois prisonniers de schémas mentaux, d’habitudes sociales, qui nous empêchent d’aller vers plus de simplicité. Dans un monde qui semble avoir perdu la tête et le cœur, où les dépressions s’accumulent, il a choisi de se relier à un environnement plus vaste et plus sain, et de privilégier le sens, en se passant de l’avoir.  A la veille d’une transformation radicale et imposée de nos modes de vie, peut-être que nous pourrions comme lui, en conscience, choisir la simplicité volontaire ?

Pour découvrir ce style de vie et, peut-être, larguer les amarres pour vivre en van, voici quelques sites qui vous donneront une première approche :

http://www.desfenetressurlemonde.com/

https://www.lavieestbelle-vanlifers.com/category/la-vie-en-van/

https://levanmigrateur.com/9-conseils-avises-de-vanlifers-experimentes/

 

Cécile Duclem

Journaliste indépendante, je cherche à montrer qu'un autre monde est possible.

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