La preuve de la rentabilité de la permaculture par un montagnard autrichien, Sepp Holzer

Les modes d’exploitation non intensifs, n’usant pas de pesticides, fongicides et insecticides, sont parfois perçus par les agriculteurs comme utopiques car peu rentables. Si l’Europe toute entière en est venue à exploiter les sols de la manière productiviste actuelle, ce n’est pas par hasard, estiment certains. On y aurait gagné en termes de rendement. Pourtant, tous ceux qui pratiquent la permaculture le disent : la rentabilité est excellente, et le respect des écosystèmes n’enlève rien aux rendements, bien au contraire. Mais ce discours est parfois perçu comme de la publicité mensongère.

Pourtant, s’il n’y avait qu’une seule preuve de l’efficacité de la permaculture – il y en a des centaines -, ce serait celle de l’exploitation de Krameterhof : la ferme en permaculture de Sepp Holzer, lancée il y a cinquante ans sur un sol aride plein de conifères, à une centaine de kilomètres de Salzbourg.

Sepp Holzer ou les débuts de la permaculture en Europe

 » Alors que ses voisins et l’administration régionale pensaient que le projet de ferme écologique au Krameterhof serait voué à l’échec, Sepp Holzer a prouvé le contraire en misant sur la biodiversité et en coopérant avec la nature au lieu de tenter de la soumettre et de la combattre par la violence. Aujourd’hui des agriculteurs du monde entier viennent à la ferme du Krameterhof pour voir de leurs propres yeux ce miracle de la permaculture réalisé par les mains d’un homme plein de volonté. Sepp Holzer y organise aussi des séminaires afin de partager sa vision et de la rendre accessible à tous.  » explique le site permaculturedesign, qui organise des formations en ligne et sur site pour tous ceux qui s’intéressent à cette forme d’agriculture respectueuse du vivant et de l’environnement.

Sepp Holzer
Vue aérienne du domaine de Krameterhof

A 1500 mètres d’altitude, dans une des régions les plus froides du pays (on l’appelle même « la petite Sibérie autrichienne »), ce fils de paysan a réussi un exploit : faire de ses terres arides une ferme rentable de 45 hectares, dont la production importante est écoulée en vente directe et auprès des restaurateurs. « Dans ma ferme, je n’ai aucun problème de surpopulation de nuisibles car la nature est parfaite et maintient un équilibre général» explique celui qui est devenu une référence internationale sur les questions de permaculture, méthode qu’il pratiquait bien avant l’invention du terme par les Australiens Bill Mollison et David Holmgren. Les rendements qu’il obtient sont bien supérieurs à ceux d’une exploitation en monoculture.

Des rendements très supérieurs à ceux des exploitations en monoculture

Comment expliquer une telle productivité ? « Par les synergies et interactions bénéfiques entre toutes ces variétés, par la coopération qui s’établit entre elles», explique le fils de Sepp Holzer, qui a repris l’exploitation en 2009.

Les 70 plans d’eau, et les kilomètres de terrasses aménagées de façon à pouvoir cultiver sur des pentes raides, ont permis de créer des microclimats bénéfiques aux cultures. Les pierres et les étendues d’eau accumulent la chaleur pendant la journée, et la diffusent pendant la nuit, réduisant ainsi les écarts de température. Résultat : Sepp Holzer est parvenu à faire pousser des milliers d’arbres fruitiers (pêches, poires, abricots, cerises, etc ) à une altitude (1100 à 1500 m) où ils sont d’ordinaire absents. De même, les experts qui clamaient qu’il était impossible de planter des céréales sur ces alpages ont pu observer que le blé, l’épeautre, l’avoine, l’orge et le seigle y parvenaient à maturité. « Cela ne fonctionne que si l’on emploie des variétés anciennes et robustes. Contrairement aux semences hybrides industrielles, elles s’accommodent de sols pauvres et de températures extrêmes », insiste le paysan rebelle.

Bien sûr, les techniques développées par ce pionnier ne sont pas transposables telles quelles n’importe où, puisque chaque écosystème a ses besoins propres, en fonction du type de sol et du climat dont il dépend. Mais le principe de la permaculture, qui vise à créer des synergies entre les espèces et les variétés, tout en n’utilisant rien de chimique, reste valable. Cela ne s’improvise pas, il y a tout un savoir-faire à développer, mais au final, le temps passé à se former est vite rentabilisé par des productions abondantes, saines, savoureuses, nourrissantes et sans impact écologique négatif.

Extrait du DVD « SEPP HOLZER: PERMACULTURE EN EUROPE », une collection des films sur le fermier Sepp Holzer: « Permaculture », « Aquaculture » et « Terrasses et Buttes », 89 minutes ensembles. LE DVD EST DISPONIBLE À www.ecofilm.de

A lire : « La permaculture de Sepp Holzer.  L’agriculteur rebelle d’Autriche ». Guide pratique pour jardins et productions agricoles diversifiées » (Editions Imagine Un Colibri, 2012)

Le site de Krameterhof (en anglais) : http://www.krameterhof.at

Cécile Duclem

Journaliste indépendante, je cherche à montrer qu'un autre monde est possible.

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