Peut-on encore être climato-sceptique ?

Le succès de la marche du siècle pour le climat des 15 et 16 mars 2019, en France et dans le monde, démontre la mobilisation croissante et massive de la population pour lutter contre le réchauffement climatique et ses effets néfastes sur l’humanité.

Aujourd’hui encore, des climato-sceptiques doutent de l’existence du réchauffement climatique ou pensent que les activités humaines ont peu d’impacts sur l’environnement. Il est pourtant difficile de nier une tendance du climat vers un réchauffement. Les rapports alarmistes des scientifiques du Groupe intergouvernemental d’experts sur le changement climatique (GIEC) ne sont plus des hypothèses, mais des constats tangibles alarmants. Nous en subissons aujourd’hui les conséquences : Les faits sont là, nous vivons des phénomènes climatiques extrêmes.

Nous observons une augmentation de la fréquence et une intensification des périodes caniculaires avec leurs feux de forêts, orages violents, inondations et des épisodes de froid extrême en hiver

L’amplitude thermique entre la température de surface des océans qui se réchauffent et les masses d’air froid en altitude, ne cesse d’augmenter. Elle est, responsable de l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des ouragans, cyclones et typhons. A cela, on peut rappeler la fonte de la banquise arctique plus rapide que prévu, provoquant une hausse du niveau de la mer, dont les premières victimes sont les archipels du Pacifique.

Tous ces phénomènes vont encore s’intensifier dans les années à venir.

En 2014, l’Organisation météorologique Mondiale (OMM) a proposé aux présentateurs d’une dizaine de pays d’imaginer un bulletin météorologique pour l’année 2050. Cette initiative a permis une sensibilisation des Etats signataires pendant la 21ème conférence internationale sur le climat (COP 21) de 2015 à Paris pour la lutter contre le réchauffement climatique.

Vous avez certainement déjà entendu ces propos de climato-sceptiques :

« Je suis pour la protection de notre planète mais qu’est ce qui nous prouve que ce sont les activités humaines qui sont responsables du réchauffement climatique ? Il parait que nous sommes dans une phase de réchauffement normale de la Terre »

Graphique : https://www.les-crises.fr/climat-8-analyse-rechauffement/

Dans le passé, les phénomènes naturels ont pu expliquer l’alternance cyclique de périodes de réchauffement entre 2 périodes glaciaire sur environ 100 000 ans. Nous nous trouvons actuellement dans une période de réchauffement suivant la période glaciaire Würm. Mais est ce que les modifications de l’activité solaire et de la trajectoire de la Terre autour du soleil en sont les uniques causes ?

Un autre facteur doit être pris en compte. En effet, on observe une fluctuation cyclique naturelle du taux de CO2 en parallèle des variations de température. Lorsque la température augmente, le coefficient de dissolution du CO2 change et les glaciers fondent, ce qui libère plus de CO2 dans l’atmosphère. La Terre est capable, grâce au cycle du carbone, de réguler cette variation si elle demeure en quantité limitée et sur plusieurs dizaines de milliers d’années. Cette diminution se fait grâce à l’absorption du CO2 par les végétaux, par les océans et à son stockage dans le sol sous forme de calcaire et d’énergies fossiles. Le surplus s’accumule dans l’atmosphère.

Mais alors quelle est l’influence réelle des activités humaines dans le réchauffement climatique ?

On observe, depuis le début de la révolution industrielle du XIXème siècle, une augmentation anormalement importante et rapide du CO2 atmosphérique qui provient de la combustion des énergies fossiles et de la fabrication du ciment.

La combustion des énergies fossiles libère en quelques heures, le carbone qu’elles contiennent sous forme de CO2 alors que la Terre a mis plusieurs centaines de millions d’années pour le « piéger ». Et il aura fallu à l’Homme seulement 2 siècles, pour épuiser les réserves d’énergies fossiles.

Le dernier rapport de la commission européenne estime qu’en 2017 la quantité de CO2 émise par les activités humaines était de 37 gigatonnes contre 22,6 en 1990.

La planète Terre est incapable d’absorber ce surplus de CO2 qui, fatalement, s’accumule dans l’atmosphère.

Graphique : https://ec.europa.eu/jrc/en/publication/eur-scientific-and-technical-research-reports/fossil-co2-emissions-all-world-countries-2018-report

« L’effet de serre est un phénomène naturel ».

C’est un argument avancé et défendu par certains sceptiques pour relativiser le réchauffement climatique. L’effet de serre est un phénomène naturel, certes. Mais il est anormalement accentué par la libération massive et rapide de CO2. Les gaz à effet de serre (GES) retiennent dans la troposphère le rayonnement infrarouge émis par la surface terrestre lorsqu’elle est réchauffée par le soleil. Il en résulte une augmentation tropimportanteet rapide de la température de la Terre.

Le GIEC s’appuie sur de nombreuses études scientifiques dans le monde pour proposer différents scénarii faisant varier les paramètres socio-économiques. Si nos comportements ne changent pas ou se dégradent d’ici 2100, la température de la Terre s’élèvera de 3 à 6°C en moyenne contre 1°C si on stabilise nos émissions de GES au niveau de 1990.

Vue la lenteur de la prise de conscience politique, économique et sociale et du développement du modèle de consommation des pays développés, le scénario envisagé serait le plus pessimiste.

Quelles en seront les conséquences ?

Du début du XIVe à la fin du XIXe siècle, l’hémisphère nord a subi une courte période climatique froide appelée « petit âge glaciaire » à partir duquel nous assistons à une augmentation nette, importante de la température. Nous observons que ce réchauffement se fait à une vitesse jamais vue, qui ne peut s’expliquer seulement par les phénomènes naturels. Ce qui se passe aujourd’hui est sans conteste de nature différente de ce qui se passait lors des cycles interglaciaires précédents. Une cause nouvelle, résultat de l’activité humaine, provoque une augmentation massive et de plus en plus importante des rejets de GES depuis la révolution industrielle et l’agriculture intensive.

«  La Terre a déjà subi des réchauffements importants et même des crises biologiques importantes. Pourquoi ne s’adapterait-elle pas comme elle l’a toujours fait ».

Les climato-sceptiques comptent sur cette capacité d’autorégulation de notre planète. Mais lorsque notre planète a subi des réchauffements aussi importants dans le passé, les conditions étaient bien différentes. Jamais ces réchauffements ne se sont produits sur un laps de temps aussi court. De plus les conditions de vie sur notre planète étaient bien différentes, puisqu’il n’y avait pas 7,71 milliards d’habitants, chiffre estimé par l’INED (Institut National d’Etudes Démographiques) en janvier 2019. Si l’évolution de la croissance démographique garde le rythme actuel, la population mondiale en 2050 sera proche de 10 milliards. Si nos modes de vie et de consommation ne s’améliorent pas, alors la pollution de notre planète et les conséquences du réchauffement climatique vont s’aggraver.

L’histoire de la Terre a été marquée par cinq grandes crises biologiques utilisées par les scientifiques pour découper l’échelle des temps géologiques en 4 grandes ères, elles-mêmes subdivisées en périodes.

Certains scientifiques considèrent que nous vivons une 6ème grande crise biologique. Le chimiste et météorologue néerlandais Paul Josef Crutzen et le biologiste américain Eugène Filmore  Stoermer suggèrent de créer une subdivision de l’ère quaternaire appelée Anthropocène à partir du XXIème siècle, qui succèderait à la période Holocène. Cette proposition fait encore débat. Elle serait basée sur les conséquences catastrophiques des activités humaines sur les écosystèmes terrestres.

Echelle des temps géologiques

Les changements de l’environnement responsables de ces crises biologiques ont entrainé la disparition massive d’êtres vivants végétaux et animaux. Les espèces survivantes vont évoluer par sélection naturelle, dans les nouvelles conditions environnementales. Ces crises ont été un moteur indispensable pour permettre la diversification des êtres vivants. Mais aujourd’hui, les nombreuses espèces disparues n’ont pas eu le temps de s’adapter aux changements d’environnement bien trop rapides, moins de deux siècles contre plusieurs dizaines de milliers d’années pour les crises biologiques du passé.

Les reptiles occupaient tous les milieux de vie à la fin de l’ère secondaire, comme aujourd’hui l’Homme qui domine le monde. C’est une éruption volcanique paroxystique et l’impact d’une météorite qui ont provoqué, il y a – 65 millions d’années (Ma) la crise biologique majeure provoquant la disparition des dinosaures.

Aujourd’hui, c’est une seule espèce « l’Homme » qui est la cause du changement brutal de l’environnement. La chasse, la pêche intensive, la déforestation provoquent une diminution de la biodiversité. L’urbanisation, l’industrialisation et nos modes de consommations génèrent une pollution et une destruction des écosystèmes naturels.

Pour l’Homme, la biodiversité des écosystèmes est indispensable à sa survie. La voir menacée aura, sans conteste, des conséquences graves sur son alimentation, ses ressources naturelles, sa santé, voire même l’air qu’il respire.

Notre espèce est-elle menacée ? Nous devons nous poser la question. Car cette situation n’a pas de précèdent dans l’histoire de la Terre. Malheureusement, nous ne pouvons qu’observer les conséquences que nous vivons déjà et, compte tenu de la complexité du phénomène climatique, nous sommes amenés à émettre des hypothèses inéluctablement alarmantes pour les huit ou dix prochaines décennies.

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