Les médias français, de la pure propagande ?

On a coutume de désigner la presse en France sous le nom de « 4e pouvoir » tant son influence est grande. Que ce soit sur internet, dans les journaux, les radios ou à la télévision, le pouvoir des journalistes fait et défait l’opinion. On se fie aux faits rapportés, aux analyses proposées. La liberté d’expression semble y régner sans partage, ce qui garantit a priori son objectivité.

Pourtant, le documentaire de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat intitulé « Les nouveaux chiens de garde » (en hommage au livre de Paul Nizan, philosophe subversif qui conspuait les gardiens de l’ordre établi en 1932) montre que l’information de notre époque n’a rien à envier à la propagande d’antan.

Le propos est simple : bien que tous les journalistes des médias mainstream (dominants) proclament qu’ils sont indépendants et objectifs, une petite enquête démontre qu’il n’en est rien.

Tous les grands médias sont à la botte des grands groupes industriels

Le documentaire date de 2012, et depuis l’information a commencé à se diffuser, notamment sur internet : d’Europe 1 au journal Le Monde, en passant par Marie-Claire, le Figaro ou encore TF1, pratiquement tous les médias français sont la propriété d’une dizaine de grands groupes industriels : Bouygues, Dassault, Lagardère, etc. Ces industriels ont des intérêts évidents dans les marchés publics commandités par l’Etat (construction, transports, armée, etc). Cela a deux conséquences :

  • ces groupes industriels peuvent exercer une pression sur les politiques via les médias qu’ils possèdent, grâce aux journalistes qui influencent les citoyens (et aux sondages habilement orientés).
  • ces groupes industriels, en défendant les intérêts de l’Etat, obtiennent des faveurs concernant les marchés publics (qui leur sont quasiment toujours attribués).

L’information est donc filtrée et orientée à partir de critères simples : aller dans le sens de ce qui convient à ces richissimes industriels, marteler une doxa (Ensemble des opinions communes aux membres d’une société et qui sont relatives à un comportement social) libérale, et mettre en avant une image reluisante de tous ceux qui participent à ce cénacle qui décide de tout.

Politiques, journalistes célèbres et industriels se retrouvent une fois par mois au Siècle, un club d’influence.

Le documentaire nous montre à quel point la collusion entre médias et pouvoir est forte grâce aux images du perron du Siècle, un club d’influence réservé à l’élite de la nation, fondé après la seconde guerre mondiale. S’y retrouvent chaque dernier mercredi du mois, pour un dîner, tous ceux qui participent à la direction du pays, qu’ils soient de droite ou de gauche : hauts fonctionnaires et politiciens, journalistes, industriels. Pour faire partie de ce club très privé, il faut être coopté, et donc montrer patte blanche.

Il est évident que tous ces gens qui dînent ensemble une fois par mois ont des intérêts communs : les uns sont les employés des autres, ou leurs collègues dans les conseils d’administration, et tous oeuvrent de concert pour déterminer les grandes orientations à faire prendre au pays.

Dans ce cadre, et puisque tous appartiennent à la même classe sociale privilégiée, on peut imaginer que leurs intérêts ne peuvent pas aller dans le sens d’un partage équitable des richesses, ni d’une prise en compte des écosystèmes. C’est pourquoi les médias mainstream prônent sans discontinuer les vertus de l’économie libérale depuis cinquante ans, y compris sur les chaînes et radios du service public (France 2, France Inter, TV5 Monde, etc).

Une trentaine « d’experts » dans tous les médias pour influencer l’opinion

« Les nouveaux chiens de garde » ne montre pas que les amitiés entre gens de pouvoir et journalistes. Le documentaire fait aussi la preuve que ce sont toujours les mêmes experts (soigneusement choisis) qui sont invités sur tous les plateaux et aux micros. Ils seraient une trentaine, et tous sur la même ligne ultra-libérale.

Pis encore, on peut voir dans le film que la manipulation va encore plus loin : des personnages au départ subversifs sont recrutés pour donner l’illusion d’une véritable liberté de parole et d’opinion, mais ceux-là comme les autres sont à la botte du vrai pouvoir, celui de leurs employeurs industriels. Le cas de Michel Field, traité sur une vingtaine d’années, y est particulièrement édifiant.

Les consciences s’éveillent face à la propagande officielle

Face à ce qui apparait comme de la pure propagande, les médias réellement indépendants (non subventionnés) ont un rôle très important. Internet aura eu au moins comme effet positif de pouvoir proposer une information alternative.

Par ailleurs, les citoyens prennent aussi conscience de la manipulation médiatique. Les gilets jaunes notamment, constatant à quel point certaines chaines de télé ont pu se concentrer sur des événements mineurs dans les manifestations, ont compris que les images ne reflétaient pas toujours la réalité.

Les sondages eux aussi sont désormais sujet à caution. Pendant deux ans, on a entendu dans tous les médias que la cote de popularité d’Emmanuel Macron était en chute, mais le chiffre avancé restait obstinément autour de 25 %. Une contradiction que les internautes n’ont pas manqué de relever.

Enfin, grâce à des documentaires financés de manière indépendante comme celui-ci, peu à peu émergent des alternatives à la pensée unique, ce qui peut permettre d’espérer sortir de la gangue imposée.

Pour voir « Les nouveaux chiens de garde » en entier, il suffit de visionner cette vidéo :

Cécile Duclem

Journaliste indépendante, je cherche à montrer qu'un autre monde est possible.

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