L’écopsychologie, une piste pour sauver la planète et l’humain.

Née dans les années 60 aux USA, l’écopsychologie est une mouvance qui réunit des activistes et des penseurs du changement de paradigme nécessaire. Cette discipline universitaire (aux USA) ne propose pas de solutions écologiques proprement dites, mais invite à repenser totalement notre rapport au monde. La conviction de ses fers de lance est que, pour opérer une telle transition, les normes internationales, les lois, les chartes éthiques, les technologies vertes et les écogestes au quotidien ne suffisent pas. Toute nécessaire qu’elle soit, cette écologie extérieure doit se doubler d’une écologie intérieure.

« L’écopsychologie c’est l’étude de la dimension psychologique de la crise écologique ; c’est aussi l’étude des processus psychiques qui nous lient ou nous séparent du monde non humain, processus dont les dysfonctionnements constituent, précisément, selon nous, la cause fondamentale de la crise écologique… » Jean-Pierre Le Danff

On peut résumer l’écopsychologie en trois propositions :

  • Il existe un lien ontologique (ancré dans les tréfonds de l’être) entre les humains et la nature.
  • L’oubli, l’ignorance ou la destruction de ce lien conduit à des souffrances et des déséquilibres tant pour la Terre (dégradations écologiques) que pour l’être humain (aliénation, mal-être, angoisse…).
  • Restaurer en profondeur le lien entre l’être humain et la nature est l’une des clefs pour guérir la Terre et soigner l’âme. La santé et le bien-être des humains et ceux du reste de la nature sont indissociables.

L’écopsychologie invite à repenser philosophiquement le monde, pour sortir des dualismes et redéfinir la place de l’être humain au sein des écosystèmes. Sur le plan psychologique, elle propose de passer du moi égocentré au moi écocentré, en réintégrant la nature dans la psyché humaine et en retrouvant l’enracinement dans le lien à la Terre.

Sur le plan pratique, son ambition est d’offrir des ressources éducatives, sensorielles et thérapeutiques permettant à la personne de métamorphoser ses émotions et de retisser des liens profonds avec la nature, avec les autres êtres humains, et avec elle-même.

Enfin, l’écopsychologie s’assigne une tâche critique, pour contribuer à la construction d’une société écologique, en créant les conditions intérieures d’une transformation des comportements et des structures socio-économiques.

L’un des pères de l’écopsychologie, Theodore Roszak, explique que  » Comme toutes les formes de psychologie, l’écopsychologie s’intéresse aux origines de la nature humaine et des comportements humains. A la différence des autres écoles traditionnelles de psychologie, qui se limitent aux mécanismes intrapsychiques ou à une sphère sociale étroite n’allant pas au-delà de la famille, l’écopsychologie est sous-tendue par la thèse selon laquelle, à ses niveaux les plus profonds, la psyché reste affectivement reliée à la Terre qui nous a mis au monde. L’écopsychologie suggère que nous pouvons comprendre nos transactions avec l’environnement naturel – la manière dont nous usons ou abusons de la planète – comme des projections de nos besoins et désirs inconscients, de la même façon que nous interprétons les rêves et les hallucinations pour comprendre ce qu’il en est de nos motivations profondes, de nos peurs et de nos haines. « 

L’écopsychologie a donné naissance à des écothérapies, qui proposent de nous relier à la nature pour guérir nos maux. Cela va de la sylvothérapie (contact avec les arbres) à l’équithérapie (maitriser ses émotions par la relation avec les chevaux), en passant par l’orthithérapie (pratique du jardinage pour apprendre à se recentrer sur l’instant présent et se reconnecter à soi), etc.

« Les déchets toxiques, l’épuisement des ressources, l’annihilation de la biodiversité, tout cela nous parle – si nous sommes prêts à l’entendre – de notre être profond », écrit Theodore Roszak. L’hyper-consommation en est un symptôme. Comme l’écrit Michel Maxime Egger dans son ouvrage Ecopsychologie (éditions Jouvence), « Pour les écopsychologues, le système de la surconsommation matérielle présente les principales caractéristiques d’une addiction : la fuite d’un mal-être, la volonté compulsive de combler un vide intérieur par des choses extérieures, et surtout la poursuite d’un comportement alors qu’on en connait les conséquences négatives. »

Chellis Glendinning, auteure d’un ouvrage phare sur l’écopsychologie, s’est penchée sur cette question. Elle montre que les technologies (voitures, internet, etc) sont devenues notre environnement et qu’elles influencent notre psyché, nos existences quotidiennes, nos politiques, nos relations. Pour l’auteure, ces technologies omniprésentes sont responsables en grande partie de la coupure de l’homme contemporain avec la Terre.

Pour en apprendre davantage sur l’écopsychologie, écoutez cette émission de France Culture, dans laquelle intervient l’un des spécialistes français de l’écopsychologie, Michel Maxime Egger :


Un colloque animé par Bernard Boisson, photographe et écrivain, permet aussi de se faire une idée de ce champs d’investigations.

Bernard Boisson

Cécile Duclem

Journaliste indépendante, je cherche à montrer qu'un autre monde est possible.

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