Le shopping éthique: si ça ne tenait qu’à un fil?

Face à la fast fashion, une nouvelle voix s’élève.

Shopping et éthique. À priori, deux mots qu’il est difficile de concilier. D’un côté, une logique consommatrice, de l’autre une philosophie de vie en conscience de son impact écologique et social. Ces dernières années, l’écart n’a jamais été aussi grand : en effet, pas une journée ne passe sans son lots de publicités. Quant aux promotions, elles ne sont plus seulement réservées aux périodes de soldes mais se succèdent toute l’année : Black Friday, French Day, etc. Les collections ne s’enchainent plus aux rythmes des saisons mais des semaines, voire des jours : en effet, on compte en moyenne dix collections par mois ! En bref, alors que l’industrie textile est la deuxième industrie la plus polluante au monde, la cadence effrénée de la fast fashion continue de s’accélérer et la machine semble s’être emballée.

Or, des documentaires tels que True Cost dénoncent aujourd’hui le coût humain et environnemental de cette « mondialisation qui a buggé1 » Une prise de conscience s’opère et les mentalités commencent à changer : du côté des consommateurs comme des producteurs une nouvelle voix s’élève, plus soucieuse de concilier plaisir de se vêtir, valeurs sociales et écologiques.

Le problème de la fast fashion

Partons du constat. Pourquoi l’industrie textile pose t-elle aujourd’hui des questions éthiques, environnementales et sociales ?

Tout d’abord du point de vue environnemental, l’industrie textile pollue à chacun des maillons du parcours, de la production à la fin de vie des vêtements.

Au commencement d’un T-shirt, d’une robe, se trouve la production du tissu qui peut être synthétique (nylon, acrylique) , issu de plantes naturelles (coton, lin) ou d’origine animale (fourrure, laine). Tandis que le tissu synthétique est issu de la pétrochimie, première industrie polluante au monde, le tissu d’origine naturelle n’est pas en reste du point de vue des impacts environnementaux contrairement à ce que l’on pourrait penser. Prenons l’exemple du coton : sa production représente 25% des pesticides utilisés dans le monde, mais ce n’est pas tout ! Sa production requiert une quantité d’eau importante mettant ainsi en danger les ressources hydrauliques. Enfin, le textile d’origine animale pose la question éthique de la souffrance animale. Et nous ne sommes qu’au premier maillon de la chaine : s’ajoutent ensuite un peu de colorant par ci, quelques additifs pour rendre le tissu plus résistant par là…Cela fait beaucoup pour la planète n’est-ce pas ?

Ajoutons y maintenant un peu de coût social. La plupart des vêtements que nous achetons en France dans les grandes enseignes sont fabriqués de l’autre côté du Globe, le « made in China » devenu trop cher à son tour, est remplacé par le « Made in Bangladesh », « made in Sri Lanka ». Dans une logique qui va vers toujours plus de profit, les entreprises délocalisent vers les pays où la main d’oeuvre est dite « compétitive » c’est à dire peu chère, avec des droits sociaux et une législation du travail presque inexistants. En 2013, l’effondrement du Rana Plaza, bâtiment qui abritait plusieurs ateliers de confections travaillant pour des marques internationales de vêtements fait la une des journaux : plus de 1000 morts et une évidence : les limites de la fast fashion. Dans le documentaire True Cost, disponible sur Netflix, le directeur d’une usine au Bangladesh explique la logique du marché.

« Les marques sont en concurrence. Une marque vient nous voir pour une commande et négocie ; ils disent « regarde, cette enseigne vend ce T-shirt à 5$, alors je dois le vendre à 4$, il faut que tu réduises ton prix », alors on réduit. Puis une autre marque vient et dit « cette marque vend à 4$, alors notre objectif c’est 3$. Si vous pouvez le faire pour 3$, on fait affaire, sinon non ». Et parce qu’on veut tellement cette commande et qu’on n’a pas d’autres options, on accepte. »

Directeur d’une usine au Bangladesh, True Cost, documentaire Netflix, 2015

En effet, le collectif « Éthique sur l’étiquette » présente une infographie qui explique la répartition du prix d’un jean: on y constate que les marges de la marque et des distributeurs représentent plus des 3/4 du prix final.

Pour finir, comparons ce coût environnemental et social … à la durée de vie des vêtements. Car, à chaque nouveau vêtement produit, le processus se répète: utilisation d’eau, produits chimiques, conditions de travail, déchets. Cela donne le vertige. Le phénomène est multiplié par la vitesse de la fast fashion, le renouvellement constant des collections pousse à la production, et nourrit la machine. La durée de vie moyenne d’un vêtements est de 35 jours. Oui, 35 jours. Et au bout de la chaine le traitement des déchets n’est pas plus joyeux : peu de recyclage, l’entassement des déchets dans les décharges et l’utilisation de gaz toxiques pour en venir à bout.

Alors que fait-on?

L’idée n’est pas de culpabiliser le consommateur et de décider de vivre tout nu, même si en été ça peut être sympa, mais passons. Mais en prenant conscience de l’impact de ses achats sur l’environnement et la société, le consommateur peut décider de mener des choix raisonnés. Après tout, ne dit-on pas que le client est roi? Par ses choix, il peut décider d’orienter le marché : en privilégiant les marques plus éthiques mais également en poussant les grandes marques à adopter des mesures.

S’informer et alerter

Par des documentaires tels que True Cost ou l’action de collectifs (exemples: Green Peace à l’internationale, Éthique sur l’étiquette en France), une prise de conscience s’opère qui permet de faire avancer doucement les choses. Par exemple, Green Peace a lancé en 2016 une action « le Défi Détox » encourageant les grands groupes de la fast fashion à engager des mesures dans dans le domaine environnemental : les marques doivent « s’engager à cesser d’utiliser et de rejeter des substances toxiques tout au long de leurs chaînes d’approvisionnement d’ici au 1er janvier 2020. ». Et Green Peace suit les progrès des différentes marques à travers son Podium Détox!

Si certains crient au greenwashing (donner une image plus verte à son entreprise), il ne faut pas directement blâmer ces entreprises. Ne nous leurrons pas, elles ne le font pas philanthropisme mais dans un but commercial! Mais, c’est justement en montrant par nos achats que ces problématiques nous importent que cela pousse les grandes entreprises à aller dans ce sens, même si ce n’est pas parfait.

Changer notre manière de consommer

• Éviter les manières d’originale animale. Aujourd’hui des alternatives sont possibles, et il faut sortir de l’opposition cuir = qualité, synthétique = plastique. Dans le domaine des chaussures par exemple, on peut citer la marque Veja qui propose une gamme de baskets végan, dont le cuir est conçu uniquement avec des matières végétales. La marque s’inscrit également dans une démarche éco-responsable globale. Quant à la marque de maroquinerie Matt & Natt, leurs articles sont confectionnés à partir du recyclage de bouteilles en plastique!

• Choisir la qualité plutôt que la quantité. Choisir de belles pièces intemporelles qui vont durer dans le temps plutôt que de suivre les tendances au fur à mesure peut également être une solution. Plusieurs méthodes ont connus un succès ces dernières années: par exemple Marie Kondo et sa méthode de rangement qui prône de ne garder que les vêtements qui nous rendent réellement heureuse. Après le succès de son livre, elle vient de sortir une série sur Netflix dans laquelle elle explique sa méthode en aidant des familles à faire le tri. Dans la même veine, le livreThe Curated Closet (en anglais) permet de mieux définir sa garde robe, tandis que la méthode 333 prône une garde-robe minimaliste adaptée à chacune des saisons.

• Privilégier le local et les petites entreprises. Préférer le made in France peut, en effet, permettre de limiter l’empreinte carbone et d’être plus sûr des conditions de travail. De plus, acheter chez les créateurs locaux permet de faire vivre l’économie locale. Dans ce domaine, la plateforme Etsy connait un succès de plus en plus important, et certaines boutiques se spécialisent également sur ce créneau. Par exemple, à Nantes, la boutique « Sacrés français! » vend exclusivement des produits conçus en France. Et si l’on va au delà de la France, pensons commerce équitable !

• Faire vivre la seconde main ! Si vous décidez de faire du tri selon la méthode KonMari, ou alors d’adopter une garde robe minimaliste, ou simplement de vous délester d’une partie de vos vêtements, pensez au recyclage. Vous pouvez les vendre sur les plateformes Vinted ou Vide Dressing. Vous pouvez également penser au « Relai » ou à l’association « La fibre du tri ». Par ailleurs, acheter soi-même des vêtements de seconde main est également une alternative éthique à la surconsommation !

En conclusion, face aux dérives de la fast fashion, les consciences des consommateurs s’éveillent et des initiatives innovantes émergent, offrant une véritable alternative au modèle classique de l’industrie de la mode. Si ces alternatives peuvent s’avérer coûteuses, gardons en tête que « le vrai coût » de ce T-shirt à 5€ est ailleurs…

Note (1) : Propos des fondateurs de la marque Veja après avoir découvert la réalité des conditions de travail dans une Usine en Chine



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