Les tempêtes, roman visionnaire

Paru en 2017, le roman « Les Tempêtes » nous emmène au coeur d’un bouleversement climatique qui pourrait bientôt devenir réalité.

Meg Little Reilly est une américaine qui ne prend pas à la légère les sombres prédictions des climatologues concernant son pays. Dans Les Tempêtes, elle imagine qu’une super tempête arrive dans l’Etat du Vermont, où viennent de s’installer Ash et Pia, un jeune couple issu de Brooklyn. Plus la menace se précise, plus leur relation se délite. Chacun voit les choses différemment : Pia se rapproche fortement des survivalistes et sombre dans une atonie mortifère. Ash, le narrateur, se prend d’affection pour un gamin du voisinage et cherche à le protéger de ses parents complètement paumés, au point de vouloir l’adopter. Pia n’est pas d’accord, et à partir de là les amoureux s’éloignent l’un de l’autre, jusqu’au point de non retour.

Au-delà de la romance, ce roman est fort à plus d’un titre. D’abord il explore les possibilités psychologiques qui s’offrent à nous, quand le fait de survivre à un épisode climatique extrême ne va plus de soi. Ash est du côté de la vie (son soudain désir de paternité en est une manifestation flagrante), tandis que Pia s’abandonne au désespoir. Malgré les apparences – puisque Pia met en oeuvre les moyens pratiques de leur survie, y compris de manière improbable -, la jeune femme ne lutte pas vraiment : elle a pris acte de sa mort prochaine. Le jeune geek, que rien ne prédisposait à bien réagir, va à l’inverse. S’il participe aux tâches de consolidation de la maison, il s’emploie surtout à nouer des liens forts avec son voisinage. Et ce sont ces liens, précisément, qui lui permettent de ne pas sombrer dans les eaux noires où Pia s’est enlisée.

Ensuite, de manière moins intimiste, l’auteure explore la manière trouble dont les autorités (locales et nationales) essayent de tirer parti de cette situation tragique. Au pied du mur, la population se divise, chacun essayant de sauver sa peau au détriment des autres ou s’engageant au contraire dans une démarche collective.

Meg Little Reilly excelle dans l’art de décrire l’effroyable chaos qui précède et suit la super tempête, mais elle nous emmène surtout au coeur de cette dernière. Au-delà de l’épisode climatique qui agit comme un révélateur et un catalyseur, la super tempête est en effet surtout le miroir de notre être profond.

Cécile Duclem

Journaliste indépendante, je cherche à montrer qu'un autre monde est possible.

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